« A fleur de peau » (conférence), TK-21 La revue

mariaclarkarticleTK-21 LA REVUE n° 84-85, 29 août 2018 – LIRE >>>

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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bio

mariaclark

Artiste franco-britannique, je vis et travaille à Paris. Ma recherche est principalement axée sur le vivant et son espace, les limites et les complémentarités – territoriales et ontologiques (homme-animal, masculin-féminin, intérieur-extérieur, réel-imaginaire, visible-invisible…). L’échelle humaine, mais également les questions du modèle, de la présence, de l’enveloppe-peau et de l’empreinte sont largement évoquées.
J’utilise son propre corps comme medium principal. Mes supports sont multiples: vidéo, pellicule, peinture, dessin, écriture, etc. L’art action et l’installation font aussi couramment partie de mes pratiques.
J’expose et performe depuis 2003 en France et à l’étranger (Allemagne, Espagne, Israël, Émirats arabes unis, Italie, Nouvelle-Calédonie, République tchèque) et obtiens en 2013 le prix Art et Culture de la Fondazione Premio Galileo 2000 à Florence (Italie).
Également modèle vivant, je fonde la coordination des Modèles d’art, publie l’essai À bras-le-corps (la plâtrière éd., 2012), une déambulation entre mes séances de poses et mes œuvres performatives. Je réalise en 2017 le documentaire Le Modèle vivant déplié, une série d’interviews de modèles de profession projetées sur ma peau.
Quelques publications d’articles et conférences.
Membre du collectif d’artistes Action Hybride, et de l’équipe de recherche EsPAS – Institut Acte, CNRS-Université Paris 1 UFR. Arts Plastiques et Sciences de l’Art.

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En savoir plus
Formée aux arts vivants et visuels, je développe également un travail d’écriture, des textes qui pour certains nourrissent ses créations plastiques. Ce sera Anatol (du pays des pierres), un film super 8 expérimental inspiré par la mémoire de l’Arménie et qui sera présenté aux Rencontres internationales Paris-Berlin 2003, ou l’installation vidéo Le Mur d’en face, à propos des murs de séparation entre les territoires, présentée en de nombreux lieux entre 2006 et 2010.
Dans un premier temps préoccupée par l’obstacle à la libre circulation et aux mouvements migratoires, j’utilise également l’espace public comme terrain d’invention. La ligne revient fréquemment dans mon travail. Tracée au sol – entre deux arrondissements de Paris (La Ligne 19), au cœur d’un centre commercial de Tel Aviv (Route 116); ou afin de délimiter des espaces/zones exigus, souvent carrés, dans lesquels  je m’installe immobile, en compagnie ou non de ma poupée (miss clark & miss clark); une immobilité parfois accentuée par l’utilisation de liens (Activist Bondage I,2 et 3). Je propose une nouvelle figure de la République, une Marianne muselée (Marianne, vidéo, 2010). La même année, l’indépendance d’un espace libre, le territoire d‘iz (ou izone), est déclarée.
C’est à partir de ce moment-là que le corps insulaire ou sensuel deviennent mes thématiques principales, sujets déjà amorcés à plusieurs reprises. Androgyne calée dans une petite valise (Ovotestis, objet vidéo, 2010) ou transformée en une créature mi-femme mi-animal (Chimera, vidéo/performance, 2010), j’aborde les questions du genre et de l’hybride; m’intéresse à l’enveloppe, à la coquille, à la peau, à la relation intérieur<>extérieur (The other Side, Skin, Cracked shell – performances, 2012 – Mue, installation vidéo).
Ma recherche est actuellement axée sur le dessin, la vidéo et l’écriture.

CV_MARIACLARK_ janvier2018 (PDF)

« J’œuvre. J’œuvre ma vie, construis soigneusement, et parfois à coups de hache, ma présence au monde. Je propose des axes esthétiques, topographiques; des lignes. De l’écorce terrestre à la peau, de la peau au support de papier, de tissu ou de plâtre, j’invoque rituels, mythes et archétypes, en équilibre sur mes forces personnelles et sociales. Une terre nouvelle se réinvente, un nouveau point de vue. Mon corps est une île.
Mon travail, visuel et écrit, est un manifeste. Individuel, collectif, esthétique et politique. J’affirme mes convictions, mes désaccords dans les affaires dites publiques, dans le silence et à grands cris. L’action est accessible, nécessaire, et existe dans son imperfection humaine, conduite par les questions ontologiques qui me tracassent. Art performance, art vidéo, art plastique, et mon propre corps comme matière. Un corps en action, ici et maintenant.
 »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon très cher corps

MARIACLARKCHERCORPS1

Mon très cher corps,

Ce que j’aime avant tout chez toi c’est ta présence. Ton engagement au monde, de l’ici et maintenant.
Tu es constitué de chair, c’est un fait: tu as une masse, un poids, un contour. Mais ton intensité, elle, ne se mesure pas.
Je t’expose régulièrement au regard des autres, de mes alter ego, tel un miroir. Tu es dénudé ou vêtu, simplement là, empreint de toute ta complexité. Humain, quoi. À la fois singulier et universel, tu proposes des attitudes ordinaires, extraordinaires, une démarche, un style, en équilibre sur le monde.
Ta forme est plutôt lisible, tonique, musclée. J’aime chez toi certaines parties; et d’autres me plaisent moins. Mais pourquoi te détailler alors que tu formes un tout tissé par des réseaux multiples et invisibles, et que c’est cela, ce « corps du vivant », qui m’importe – avec ses failles, ses interstices, ses incertitudes.
Cher corps, tu te poses pourtant et je t’ancre, tel un pilier. Ton rôle est celui de soutien. Tu es là pour me conduire, pour accompagner le processus artistique, afin d’approcher le réel, un réel plus épais que celui que l’on perçoit de prime abord. Je te donne à manger de ce principe de réalité dans ce qu’il est de plus dense. Ainsi tu recueilles et impulses l’action; celle d’autrui et la tienne. Cette conscience vient peut-être du fait que tu as été nourri de soleil et que tu as parcouru la garrigue pieds nus de long en large alors que tu étais encore haut comme trois pommes?
Cher corps, avant toute chose, tu es libre. C’est la clé de ta puissance, cette liberté-là, corps et esprit compris. Je ne t’ai jamais scindé de l’esprit, sache-le. Et c’est ce qui fait notre force je crois. 
Ce sentiment de liberté est la condition même de ton existence, même s’il est parfois difficile d’échapper aux idées reçues, aux carcans induits par toutes ces images qui te rappellent quotidiennement que tu vieillis. Et si tu te dérobes parfois un peu plus avec l’âge, si le contexte environnemental te fait du mal car tu prends tout trop à cœur et à corps, je tâche d’accueillir cette douleur qui t’assaille. Je fais ce que je peux dans le monde tel qu’il est.
Cher corps, tu es mon minimum du faire, mon essentiel. C’est notre respiration qui nous nourrit, c’est elle qui te détend. Ce mouvement intérieur, ces flux qui nous organisent et qui transpirent par tous les pores de ta peau font ce lien indispensable entre ton dehors et ton dedans. Ils te relient aux autres. 
Tu es mon île; et tu prends ainsi place dans notre archipel.
Cher corps, je ne t’ai jamais vraiment mis au travail – tel qu’on l’entend communément- , ou très peu. Je t’ai mis à l’œuvre. Tu es mon instrument, mon incarnation, mon empreinte. Je t’ai créé un espace d’existence, loin du bruit et des foutaises, dans un espace qui m’est cher: l’espace de la création. Je te remercie de m’envelopper; et de représenter, à ta manière, l’élan de vie qui est en chacun de nous.

Maria Clark, artiste-plasticienne, modèle vivant.
Les Cévennes, 27 février 2018
http://www.mariaclark.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

films

Le Modèle vivant déplié (2017)

durée: 45 min.

À partir de six entretiens de modèles de profession en activité, ce film compose le portrait d’un métier méconnu et le débarrasse de ses idées reçues. Sont évoqués ici les différentes pratiques de la pose en atelier, son histoire, son contexte, les questions d’espace, de nudité et de temps, ainsi que les spécificités de cette activité. Le ton de chacun est libre, profond, direct, quotidien et le film nous dévoile, de façon inédite, un style et un choix de vie, une façon de se penser, de penser son corps, de penser le monde. Le modèle vivant est bien vivant, et il s’inscrit dans l’art d’aujourd’hui.
Avec les tėmoignages de Rodion Pavlovski, Annie Ferret, Déborah Wydrzynski,
Vincent Pons, Christophe Lemée, Gaëlle Durand.

À partir du 24 novembre 2017, le film sera projeté dans les ateliers et ailleurs, avec débats, échanges divers, poses… plusieurs options sont possibles!
Contactez-moi si vous souhaitez accueillir ce projet dans votre lieu.

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Chimera (2010)

5 min 50. Vidéoprojecteur ou moniteur.

WIP-Villette – parcours d’art contemporain CARNE
Festival Les uns chez les autres (Paris), 2010

En 2008, les britanniques ont autorisé la création d’embryons homme-animal crées à partir d’une cellule humaine et d’un ovocyte animal (les premiers « cybrides » sont crées en mars de cette même année à Newcastle après l’autorisaton de la HFEA- Human Fertilisation Embryology Autority). Chimera, un être hybride, est passé au travers des mailles de la législation qui impose que les embryons soient détruits au plus tard au bout de quatorze jours…

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Anatol du pays des pierres (2001)

Super 8 numérisé, 17 min. Projection cinéma.
LIRE LE TEXTE INTÉGRAL >>

Rencontres interntionales Paris-Berlin, 2003.
Rencontres d’art contemporain de Cahors, 2010.

Dans le ventre de Lili, Anatol reprend le fil de son histoire oubliée: l’histoire de l’Arménie.
Anatol (du pays des pierres), ce sont deux personnages, en plans fixes, en pensées. Un murmure incessant. La fille mâchouille un chewing-gum, le garçon fume une cigarette. Tous deux pensent et parlent (en voix-off), de loin, comme quelque chose d’enfoui, d’une Arménie qu’ils ne connaissent pas. L’une découvre, l’autre continue d’oublier. C’est la voix d’un enfant qui insuffle à la fille (Lili) son état visionnaire : l’enfant lui parle en arménien, et décrit l’Asie mineure d’avant le génocide.